Les Soleils des indépendances

de Ahmadou Kourouma

A mi-chemin entre épopée homérique, récit historique ou mythique chanté par les griots, le roman suit le destin de Fama, authentique prince Malinké, dernier des Doumbouya, antiques chefs du Horodougou, dont la capitale est Togobala. Egaré dans un vingtième siècle qu’illuminèrent  » les Soleils des Indépendances « , l’ancien prince ruiné en est réduit à courir les funérailles pour subsister, en faisant valoir sa qualité. Dans son parcours plein de rebondissements hauts en couleur, Ahmadou Kourouma peint une série de  » choses vues  » sensibles, alternativement touchantes et drôles, finalement tragiques.

Fama a ses qualités et ses défauts, son orgueil de caste et ses aveuglements, ses fidélités et son absence de dissimulation et de calcul. Sans défiance, sans réserve, il est tout entier dans son univers, refusant de plier face aux réalités brutales auxquelles il est confronté : police, prison, procès politiques, parti unique, déchirements militaires… Car c’est un homme d’hier jeté en pâture à des contemporains sans mémoire, sans respect pour ce qu’il représente encore, mais qui n’est plus.

Personne n’a raison, personne n’a tort : de ses amours ne se lève aucun enfant. Le dernier des Doumbouya est stérile, et peut-il en être autrement ? Avec lui et en lui va finir une époque. Rien d’étonnant non plus si les grands moments du roman sont constitués par des rites de deuil, sacrifices et funérailles… Déchaînement de la nature, noirs présages, tôt réalisés, tout est symbole dans cette réalité vivante où le destin d’un homme se joue. D’un homme, d’une terre et probablement d’une culture.

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