Chers recruteurs,
Je vous écris cette lettre pour essayer d’assainir notre relation. Mettre les choses à plat. Je suis assise en face de vous aujourd’hui parce que je suis à la recherche d’un emploi. Aujourd’hui je suis au chômage. Mais cela n’a pas toujours été ainsi.
Nous nous sommes déjà croisés dans le passé. A l’époque, je cherchais soit une meilleure expérience professionnelle, soit un meilleur salaire ou alors à quitter une boîte où l’atmosphère était devenue invivable. Je n’étais pas pas au chômage. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je n’ai jamais vraiment prêté attention aux choses que je veux vous exposer aujourd’hui.
De la bienveillance
Passer un entretien d’embauche est stressant. Que l’on soit au chômage ou pas. Mais quand on a un emploi, je crois que le stress est moindre. Quand on est au chômage, notre avenir financier est plus ou moins incertain. On stresse donc deux fois plus. On se met la pression et éventuellement on peut se fragiliser émotionnellement.
Je me souviens des entretiens d’embauche auxquels j’ai participé en tant que recruteur chez l’un de mes ex-employeurs. Oui j’ai moi aussi été un jour à votre place. Le Chargé de recrutement commençait toujours ses prises de paroles ainsi:
« Nous allons vous demander de vous présenter. Mais avant, détendez vous, soyez relax, ce n’est qu’un entretien d’embauche. Nous avons été un jour à votre place. Alors ne stressez pas. On ne vous posera pas de question piège. »
On voyait immédiatement le candidat sourire et se détendre. Physiquement. C’était visible. Et si au cours de l’entretien il sentait que le candidat se crispait à nouveau, il l’invitait à se détendre. Avec bienveillance. Et on voyait la différence: les épaules qui se relâchent, une profonde respiration, quelques fois un petit sourire. C’est l’une des expériences professionnelles pour laquelle je suis reconnaissante. Je me suis promise de la répéter à chaque fois que j’en aurai l’occasion.
Être au chômage n’est pas une tare
On peut se retrouver au chômage pour raison de santé. Ou alors par choix. Pour s’occuper de sa famille ou d’un proche malade. Ou simplement pour un congé sabbatique. Parce que l’entreprise a fermé. Ou encore parce qu’on a été renvoyé. Peu importe.
Ce qui importe c’est qu’on a réussi à surmonter cette épreuve, à s’occuper de sa famille, à remplir cette mission, à rassembler son courage et à être là en face de vous aujourd’hui. Ce qui importe c’est qu’on a réussi à vous taper dans l’œil. Raison pour laquelle vous nous avez convoqué à cet entretien. Sinon nous ne serions pas là.
Alors s’il vous plait Recruteurs, de grâce, un peu de respect.
Un peu de respect pour ces longues années d’études et de sacrifices à apprendre notre métier. Pour ces années d’expérience durant lesquelles nous avons mérité la confiance de vos prédécesseurs. Du respect pour l’argent, le temps, l’énergie que nous avons investit pour cet entretien. Un peu de respect pour l’espérance que nous avons nourri en répondant favorablement à votre rendez vous.
Et quand bien même être au chômage serait une tare, un peu de respect juste pour l’humain en face de vous. Il n’y a pas de mérite à honorer les puissants disait un sage. Il y en a à honorer les faibles.
L’entretien est à double tranchant
Répondre à un entretien d’embauche n’est pas un acte de mendicité. Bien au contraire. C’est une proposition de services en échange d’une rémunération. Bien sur qu’il vous faut évaluer et vérifier les compétences de vos candidats. Mais n’oubliez pas que vous également, vous êtes évalués. L’entretien d’embauche est une rencontre entre deux parties. Certes l’une des parties est en position de force, souvent le recruteur. Mais le candidat prend également la température de la boite qui veut l’engager.
Je me souviens d’une offre d’emploi à laquelle j’avais répondu et à mon excitation lorsque j’avais été convoquée à l’entretien d’embauche. Je m’étais mise sur mon 31. Quelle ne fut pas ma déception quand j’ai découvert les locaux de l’entreprise ! Intérieurement, je me suis dit que je ne voulais pas bosser là. J’ai fait l’entretien et j’ai proposé une prétention salariale qui était largement au dessus de celle qu’ils pouvaient se permettre.
Une autre fois, j’ai du faire face à un jury composé de huit personnes. Huit. J’ai organisé des soutenance de thèse. Je ne me souviens pas d’un jury composé d’autant de personnes. Même pour des doctorants en co-tutelle. Aux premières questions j’ai senti que le président du jury avait des comptes à régler avec l’un de mes ex-employeurs. J’ai compris tout de suite que je n’aurais pas le job.
Dès lors j’ai pris un malin plaisir à relever ironiquement toutes les incohérences des questions qu’ils me posaient. Quelqu’un m’a demandé par exemple, comment se faisait-il que j’avais mis 5ans pour obtenir ma licence en Anglais. Je lui ai répondu qu’il en était ainsi en Côte d’ivoire avec les grèves à répétition des étudiants et des enseignants. Et je lui ai demandé ce qu’il en était dans l’université publique de son pays. Il a balbutié qu’il en était de même et il a passé la parole au suivant. Je n’avais rien à perdre. Je n’allais pas me laisser faire. Alors je suis tombée les armes à la main. Aaaah le sang bété !
La fois de trop
Cette fois ci, c’est la suspicion des recruteurs qui m’a poussée à bout. J’avais l’impression qu’ils étaient à la recherche de la petite bête. Pour pouvoir m’éliminer proprement. C’est le sentiment que j’ai eu. Je me trompe peut-être. Mais une fois encore, intérieurement je suis passée à autre chose. Et j’ai demandé à arrêter l’entretien. J’ai été surprise de ma propre audace. Mais je ne pouvais pas continuer ce simulacre. Je me sentais humiliée.
Certains diront que c’est parce que je ne crève pas la faim que je me permets d’interrompre un entretien d’embauche. Oui. Peut-être. Et Dieu merci. Mais si je crevais la faim, ou si cela était le cas d’un proche, je lui aurais conseillé de terminer l’entretien. De prendre le job. Et de continuer à chercher encore plus fort un autre emploi pour quitter cette boite. « L’esprit de l’homme le soutient dans la maladie; Mais l’esprit abattu, qui le relèvera? » La Bible.
Je suis à une étape de ma vie où je sais ce que je veux. Et surtout je sais exactement ce que je ne veux pas. Bosser pour une boîte avec une ambiance malsaine, qui transpire jusque dans les entretiens d’embauche. Non merci.
Vous voyez recruteurs, nous aussi on vous observe.
Et puis. Quand ou si vous avez déjà identifié le candidat idéal pour le poste, et que vous organisez malgré tout le processus de recrutement uniquement pour le respect de procédures administratives, s’il vous plait, jouez le jeu jusqu’au bout.
Chers recruteurs,
Durant l’entretien l’embauche, nous vous avons vu. Nous avons entendu votre voix. Nous avons pu parfois vous toucher en vous serrant la main. Et quelques fois nous avons même pu sentir votre parfum. Tous nos organes sensoriels ont été mis à contribution durant cet entretien. Sauf notre langue. Que Dieu nous en garde !
Alors s’il vous plait, prenez la peine de nous dire que nous avons pas été retenu. Autant l’on peut comprendre la pertinence de la formule consacrée « vu le grand nombre de candidatures reçues, seules les candidats présélectionnés seront contactés ».
Autant il est inconcevable que vous fassiez preuve d’autant d’indifférence et de mépris pour des personnes que vous avez vous même sollicité. Et que vous savez pertinemment dans l’attente d’une réponse. Même négative.
Quand nous recevons un message de votre part, nous nous sentons respecté. Nous comprenons que le processus est clos. Et nous pouvons tourner la page.
Ma conclusion
La vie est loin d’être un long fleuve tranquille. Nous avons tous nos combats à mener. Vous aussi. Un peu de bienveillance ferait du bien à tout le monde. Et du mal à personne. Aux recruteurs bienveillants comme mon ancien collègue Mr Diabaté, vous faites un boulot magnifique. Merci de continuer à nous respecter. Aux autres recruteurs, il n’est jamais trop tard pour commencer à faire mieux. Être bienveillant n’est pas un signe de faiblesse. Bien au contraire.
Peace.
Grande soeur que Dieu soit au contrôle. M. DIABATE que Dieu vous bénisses !
Merci Madina 😉
Merci Ayyahh! Une ancienne expat, semi chômeuse, semi femme au foyer, semi tout … qui te comprend fortement 😉👍😘.
Des bises ma belle. Et merci pour le soutien. Quelques fois la vie nous malmène… et quand ça m’arrive j’ai besoin que ça sorte …
Très bel article qui mériterait d’être plublié au dehors de votre blog si ce n’est déjà fait.
Merci beaucoup Clotilde 😊
J’adore cet article!!Il dit tout et si bien!!Moi j’ai eu la chance de passer les entretiens en situation d’embauche alors je me dis toujours c’est un exercice de plus. mais je m’aprète à ne pas renouveller mon contrat actuel alors je le vivrai autrement may be!!!!!
Je te souhaite de réussir l’entretien pour le boulot que tu désires. Bonne chance 🙏🏽