Il y a des choses qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas.
Pendant longtemps, l’argent n’était pas vraiment une question pour moi. Pas parce que j’en avais beaucoup. Mais parce que j’étais protégée — d’abord par ma famille, ensuite par un pays où mon salaire suffisait largement, ensuite par un mariage. Je vivais dans une bulle. Une bulle confortable, silencieuse, où la question de l’argent ne se posait pas vraiment.
Et puis je suis rentrée à Abidjan. 2019.
Le premier choc a été sonore. Littéralement. Mon salaire me permettait un loyer — mais dans un quartier bruyant. Voisins, voitures, motos, commerçants avec leur musique d’ambiance. Et c’est là, dans ce bruit, que j’ai compris que le calme avait un prix. Un prix que je ne pouvais pas payer. Ma nouvelle réalité financière s’imposait à moi dans toute sa brutalité : les loyers qui coûtaient l’intégralité d’un salaire, les taxis quotidiens, l’installation à zéro après 18 mois de chômage et plus aucune épargne.
J’ai compris que j’étais pauvre.
Ce n’était pas une honte. C’était une surprise. Une vraie. Je n’avais pas vu venir. Personne ne m’avait appris à lire ma situation financière, donc je ne savais pas la lire. Je ne savais pas épargner — pas par négligence, mais parce que ça ne m’avait jamais été enseigné, et que je n’avais jamais eu à me poser la question. La pauvreté, quand elle est arrivée, n’a pas eu la décence de se faire annoncer.
Elle m’a quand même appris.
C’est cette surprise — et tout ce qu’elle a déclenché — dont je veux parler ici. Il ne s’agit pas de recettes miracles ou de conseils que je donne du haut d’une position confortable. Du tout. Mais les questions que je me suis posées et que je me pose encore, les erreurs que je fais, et ce que j’apprends en chemin. Pour moi. Et peut-être aussi pour vous, si vous vous reconnaissez quelque part dans cette histoire.