Diaspo: coup de gueule !

Nés et ayant grandi en Côte d’ivoire ils sont appelés Diaspos au Burkina Faso. « Si les richesses ne vont pas là où sont les hommes, les hommes iront là où sont les richesses » Voilà l’un des Leitmotiv qui a poussé plusieurs Burkinabè à émigrer au pays du grand Houphouet Boigny. Aujourd’hui, 20 à 25 ans plus tard beaucoup de jeunes font le voyage en sens inverse, mais certainement pas pour les mêmes raisons: après le bac les frais d’inscription à l’université sont beaucoup trop élevés pour les parents très souvent de condition modeste en Eburnie (manœuvres agricoles, ouvriers, gardiens, cuisiniers, jardiniers etc…) et le retour au Faso reste la seule alternative pour poursuivre des études universitaires.

J’ai eu l’occasion de discuter avec plusieurs amis diaspos (terme utilisé ici avec une forte connotation péjorative) des difficultés qu’ils ont rencontré à leur arrivée. Très souvent il a fallu vivre avec un oncle qui ne mettait pas long à leur rappeler que le père n’était jamais rentré au pays malgré la fortune, vraie ou supposée, qu’il avait gagné en Côte d’ivoire, même pas pour le deuil des grands parents… et c’est la progéniture qui prend les pots cassés. Avec la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire ces dernières années, beaucoup de vieilles rancœurs ont revu le jour avec le retour des réfugies. Dépossédés de leurs biens, ayant tout abandonné pour avoir la vie sauve, le retour au pays est souvent loin du rêve caressé de longues années durant et il faut recommencer tout à zéro sur ce sol qu’ils avaient abandonné à cause de son ingratitude.

Au delà des difficultés familiales, il y a aussi la stigmatisation systématique du diaspo comme un ivoirien: « celui dont la bouche ne porte pas caleçon », la fille à la cuisse légère, le malappris qui parle « français petit nègre » et qui n’a aucun respect pour ses ainés et quasi aucune valeur morale. Tous les maux nouveaux sont de leur fait: les gèves intempestives à l’université, ils les ont copiés sur la FESCI, le SIDA, la délinquance, la prostitution et même les mutineries: j’ai entendu dire que celles qui ont soulevé le pays en 2011 dernier étaient de leur fait. Bref, au Faso il ne fait pas bon être diaspo.
Pourquoi ce post? pour pousser un coup de gueule contre cette connerie humaine; rejetés en Côte d’ivoire ils ne sont pas acceptés ici, et comme beaucoup de personnes issus de métissages culturels et de l’immigration, ils dérangent parce que non  « étiquetables ».

Mais il y a ceci de merveilleux que, comme le dit un dicton, découragement n’est pas ivoirien et donc ces jeunes gens se battent envers et contre tous et arrivent à sortir la tête de l’eau: Fils de cuisinier, jardinier, manoueuvre etc… ils sont aujourd’hui professeur, médécins, hommes et femmes d’affaires etc…et moi je suis fière d’être votre amie.

plus d’infos sur le phénomène: ici et

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10 réflexions sur “Diaspo: coup de gueule !

  1. yehni dit :

    J’ai un cousin moitié ivoirien, moitié burkinabé qu’on traitait de diaspo ! Le mal être de ces personnes est indescriptible! Merci ayyahh

  2. famchocolat dit :

    Tout ce qui nous parait étranger nous effraie, du coup la plupart des gens préfèrent rejeter l’autre au lieu d’apprendre à le connaitre…
    N’être accepté nulle part est un véritable fardeau…malheureusement les crises identitaires persisteront toujours…
    Courage à tous ceux qui en souffrent!

  3. ayyahh dit :

    Il faut dire qu’ici contrairement à ce que beaucoup d’ivoiriens pensent, nous sommes mal aimés; aimés certes mais avec la crise un fort sentiment anti ivoirien s’est développé, mais comme ivoirien aussi a bouche là, lol, ce sont les diaspos qui prennent encore une fois les pots cassés…

  4. RitaFlower dit :

    Fruit d’un metissage culturel et de l’immigration,je me reconnais dans tes propos.Que ce soit au Burkina Fasso,en Cote d’Ivoire et en France,chacun est perçu différemment par les autochtones. Nous avons tous plusieurs identités,qui devient une force ou un handicap selon les difficultés rencontrés et sa capacité d’adaptation dans son pays d’adoption.Lorsque les Ivoiriens parlent nouchi ou le parlé-vrai-ivoirien,j’avoue que je ne comprends pas tout,alors ils se moquent gentiment de moi.Je le prends pas mal,je sais que c’est pas bien méchant.Le problème c’est la peur de l’autre…on a tous des préjugés sur telle ou telle culture mais lorsque se connait,on arrive à dépasser tout ça et à se mettre au-dessus.Defois,nous nous comprenons pas toujours,problème culturel comme on dit,ici.Regarde nous trois femmes,toi,moi et FamChocolat.Nous vivons dans 3 capitales différentes:Ouaga,Abidjan et Paris.Nous communiquons,échangeons et dialoguons par écran interposé en attendant de nous voir un jour dans une des Capitales.Nous sommes l’exemple que finalement il n’y a pas de différence,seul le regard que l’on porte sur une personne change.J’ai pas d’affinités particulières avec tous les blogueurs et blogueuses.Seulement quelques uns.Ils ou elles remarquent que je ne suis pas tout à fait des leurs,à chacun de m’accepter ou pas dans son univers.En règle générale,je ressens les choses et quand je vois que le courant passe pas,j’insiste pas.Tes frères et soeurs sont quelquefois durs,je me laisse pas faire.

    • ayyahh dit :

      Ton commentaire m’a beaucoup touché et je peux te dire que je comprends exactement ce dont tu parles. Certes je ne suis pas le fruit de cultures externes à la cote d’ivoire, mais le fait de vivre ici et là hors du pays a changé le regard des autres envers moi et il faut le dire, mon regard aussi sur eux. On ne sort pas indemne de sa « mixité ».

      J’aime beaucoup la chanson de Yannick Noah sur les métis, mais contrairement à lui, je ne dirai pas « j’ai la chance de choisir », mais que RIEN ne m’oblige à choisir!
      Nous ne sommes ni burkinabé, ni ivoiriens: nous sommes diaspos, un mélange et nous ne choisirons pas…

  5. Levent dit :

    Quels rapports ceux qu’on désigne Diaspo entretiennent avec cette designation. Certains s’auto-identifient comme Diaspo? ils aiment quand on les nomme Diaspo. Un jour j’ai posé la question suivante à un jeune à Ouaga: Es-tu un Diaspo? Sans gene il m’a repondu oui, je suis Diaspo. Comment expliquez vous cela?

    • ayyahh dit :

      En utilisant le terme diaspo vous faisiez référence à un bagage culturel particulier qu’il a compris, s’y est reconnu et a répondu par l’affirmative…
      Aimé Césaire a crié haut et fort sa négritude, ces jeunes font pareil: ils «  » s’emploient non seulement à exister, mais surtout à se signaler, discursivement, à la conscience inconsciente et à l’esprit négateur du Faso » » ».
      Et c’est déjà le début du changement….

      • Levent dit :

        Mais la négritude est née du rapport avec ailleurs vrai, la diaspora (Descendants d’Esclave, immigrants, descendants d’immigrés » dans les pays européens, colonialiste, esclavagiste, ségrégationniste. C’est une réponse à comment se valoriser dans un contexte où on nous sommes dévalorisé, notamment hors de chez nous. Mais les Diaspo sont chez eux? Est-ce une meilleure manière de répondre à la négative par la négative. Quels est votre jugement sur le fait que des Diaspo désignent les Burkinabè Natifs du Burkina qui n’ont jamais migrer en Côte d’Ivoire de « Tenga », « TchéTchene »?

  6. Levent dit :

    Salut ayyahh, j’ aurai voulu bien avoir une réponse à mon dernier poste, surtout que je vous pose des questions la dedans, vous et les internautes qui interviennent sur votre blog. Merci

    • ayyahh dit :

      Bonjour Levent, désolée pour le différé,
      Vous répondez vous même à la question « C’est une réponse à comment se valoriser dans un contexte où on nous sommes dévalorisé »; ceux qu’on désigne péjorativement diaspo finissent pas revendiquer cette identité qui les différencie au sein de leur communauté, et vous conviendrez avec moi que la discrimination n’a pas de frontières… mais comme je l’ai dit dans mon post, la tendance change, ces diaspos méprisés commencent petit à petit à faire leur chemin et un jour, ce terme sera un jour comme le mot « négritude », on évolue…
      Concernant le terme Tenga ou tchetchene, on se défend comme on peut

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